Posez une règle sur la carte marine : le bourg de Terre-de-Haut, aux Saintes, et celui de Grand-Bourg, à Marie-Galante, sont presque sur le même parallèle. Pour un marin, ce détail dit beaucoup. L’alizé soufflant de l’est, la route des Saintes vers Marie-Galante se fait au près, dans une mer souvent formée, alors que le trajet inverse se descend au portant en une demi-journée tranquille. Toute la manière de découvrir les petites îles de la Guadeloupe découle de cette géographie.
La plupart des voyageurs ne gardent de l’archipel que les deux ailes du papillon, la Grande-Terre et la Basse-Terre. Ceux qui aiment les îles savent qu’il se prolonge par des terres plus petites, où l’on compte le temps en traversées plutôt qu’en kilomètres. Marie-Galante, Les Saintes et La Désirade n’ont presque rien en commun, et ne s’abordent pas de la même façon, que l’on arrive à la voile ou en ferry.
Les Saintes, ou l’art d’arriver quand les autres repartent
C’est l’escale que tout le monde connaît. Le petit archipel ne compte que deux îles habitées, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas, et la première attire presque tous les visiteurs. Sa baie, dominée par le fort Napoléon, est l’un des mouillages les plus courus de la région, et l’on comprend pourquoi en voyant les maisons colorées du bourg descendre jusqu’à l’eau.
Le rythme de Terre-de-Haut est réglé par les navettes de Trois-Rivières, à vingt-cinq minutes de traversée. Elles débarquent le matin des visiteurs venus pour la journée, qui repartent en fin d’après-midi. C’est à ce moment que l’île change de visage : le bourg se vide, les scooters se raréfient, et l’on retrouve un village de pêcheurs. Dormir sur place, au mouillage ou à terre, est la seule façon de connaître cette version-là. Gardez la montée au Chameau, le point culminant de l’île, pour le lendemain à la première heure, avant la chaleur, et goûtez les tourments d’amour, ces tartelettes à la confiture de coco coiffées de génoise que l’on vend à l’arrivée des bateaux.
Terre-de-Bas, à une dizaine de minutes de navette, reste en marge de ce va-et-vient. Moins de commerces, quelques sentiers, des anses où l’on est rarement nombreux : c’est l’île des Saintes que l’on garde pour soi.
Marie-Galante demande du temps, et le rend bien
Ronde et plate, la plus grande des îles voisines doit à sa silhouette son surnom de Grande Galette. Elle se parcourt sans difficulté entre ses trois communes, Grand-Bourg, Capesterre-de-Marie-Galante et Saint-Louis, à travers des champs de canne ponctués de moulins en ruine. On y croise encore des charrettes tirées par des bœufs, et les distilleries de l’île produisent des rhums blancs titrés à 59 degrés qui font sa réputation bien au-delà de l’archipel.
Pour les plaisanciers, la rade de Saint-Louis, sur la côte ouest, offre l’abri le plus simple, non loin de l’anse Canot. Les autres arrivent par le ferry de Pointe-à-Pitre, une petite heure de mer jusqu’à Grand-Bourg. Côté plages, celle de la Feuillère, à Capesterre, est protégée par la barrière de corail et convient aux nageurs tranquilles. Au nord, la côte se fait falaise, jusqu’à la Gueule Grand Gouffre, où la mer s’engouffre sous une arche de roche.
Trois jours sont un minimum. En dessous, on voit l’île sans la comprendre. Ceux qui préfèrent dormir à terre entre deux bords trouveront des maisons à Grand-Bourg, à Capesterre ou à Saint-Louis parmi les offres de vacances en Guadeloupe de VillaVEO, une formule qui permet d’alterner les nuits au mouillage et les nuits sans roulis.
La Désirade, pour ceux qui aiment le large
Vue de la pointe des Châteaux, La Désirade ressemble à une table posée sur l’Atlantique. C’est la plus orientale des îles habitées de l’archipel, et elle se mérite : depuis Saint-François, la route se fait le plus souvent au près, face à la houle du large. Beaucoup de plaisanciers préfèrent y aller en ferry depuis le port de Saint-François et garder leur bateau pour des eaux plus abritées.
Sur place, une route longe la côte sud, la plus abritée, et relie les quelques hameaux de l’île. On y vient pour le silence, pour les iguanes qui traversent la chaussée, pour les ruines de l’ancienne léproserie, qui rappellent que l’île servit longtemps de lieu d’isolement. Un sentier grimpe vers le plateau et offre une vue dégagée sur la côte de la Grande-Terre. C’est l’île de ceux qui trouvent Les Saintes trop fréquentées.
Plus au sud, les îlets de Petite-Terre forment une réserve naturelle inhabitée dont l’accès est encadré. Les excursions partent de Saint-François ; renseignez-vous sur les règles en vigueur avant d’envisager d’y mouiller avec votre propre bateau.
Faut-il un voilier pour faire le tour des îles ?
Non, et c’est une bonne nouvelle pour ceux qui n’ont ni bateau ni l’envie d’en louer un. Les liaisons régulières couvrent le principal : Trois-Rivières pour Les Saintes, Pointe-à-Pitre pour Marie-Galante, Saint-François pour La Désirade. Certains jours, une liaison relie aussi directement Les Saintes à Marie-Galante, ce qui évite un détour par Pointe-à-Pitre ou Trois-Rivières.
Le vrai choix est ailleurs : faire des allers-retours à la journée ou dormir sur les îles. La première option est plus simple à organiser, la seconde est la seule qui vaille vraiment. Une journée à Terre-de-Haut ressemble à celle des autres visiteurs du jour ; une soirée sur place, quand la baie s’apaise et que les derniers bateaux s’éloignent, n’appartient qu’à vous. Sur un séjour de deux semaines, une île bien choisie, avec deux ou trois nuits sur place, apporte davantage que trois excursions bouclées au pas de course.
Dernier conseil, valable à la voile comme en ferry : gardez une journée de marge entre votre dernière nuit sur une île et votre vol retour. Quand l’alizé forcit et que la mer se creuse, une traversée peut être annulée ou décalée, et c’est un mauvais moment pour découvrir que l’avion, lui, n’attend pas.
